J’y pense depuis longtemps.
À cette ville lointaine et mystérieuse.
J’y pense en fait depuis que mon père m’a raconté sa propre virée quand il avait environ 20 ans.
Son travail sur le ranch,
le soleil cuisant de midi suivit par le point de congélation de la nuit désertique.
Une virée à Albuquerque.
J’y ai repensé quand j’ai lu American Vertigo de Bernard Henri Lévy, qui retrace le parcours d’Alexis de Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique, écrit en 1835.
Mais Lévy n’est pas passé par Albuquerque.
Dommage.
Une virée à Albuquerque.
Pour le (presque) bout du sud du plus profond de l’Amérique Navajo.
Pour le Rio Grande.
Pour le vent chaud, ou l’air sec
ou ce piment trop piquant sur ma langue.
Pour remonter la jeunesse de mon père, peut-être aussi.
Pour le Nouveau-Mexique chicana.
Pour ce Désert Mauve.
Avec le désir d’Albuquerque vient aussi le désir de la route.
Désir de voir la vie défiler, en noter les moindres détails, sentir le temps, l’environnement et l’immensité de la solitude.
Albuquerque.
Je prendrais le Greyhound à Montréal.
Oui. Le bus.
2550 miles. 5000 kilomètres ? Envrion. 2 jours, 11 heures et 35 minutes.
127 $ aller-simple, une vraie aubaine. Sur le budget, pas sur le sommeil, s’entend.
Je me corderais avec un paquet d’inconnues, mon sac, mon IPod, mon cahier, mon Nikon, Jim de son prénom.
Le Misouri au grand complet
et un déjeuner à Oklahoma City en prime.
Moi et Jim, 5000 kilomètres d’Amérique profonde, respirer une liberté impossible à satisfaire complètement.
La route, les villes américaines, des images et des mots.
Sentir la force de la liberté traverser ma main quand je raconte les moindres mouvements de cette virée.
Sur pellicule (numérique).
Sur papier.
Voir la vie à travers les routes qui mènent au Sud, se sentir seule, très loin de ses assises, de ses points de repères, se sentir très seule et très libre.
Et très bien.
© Marie-Claude Garneau